DANSE : danse orientale
Les différents styles de danse orientale
Aujourd’hui, l’enseignement de la danse orientale repose principalement sur trois grands styles qui structurent la majorité des cours et des formations. Le baladi, le shaabi et le raqs sharqi constituent des repères essentiels pour comprendre les différentes approches du mouvement, de la musicalité et de l’expression dansée. Chacun correspond à un contexte précis (social, populaire ou scénique) et propose une relation distincte au corps et à la musique.
Baladi
Danse urbaine égyptienne issue des milieux populaires, le baladi se développe avec l’exode rural vers les villes à la fin du XIXᵉ siècle. Ancrée, rythmique et introspective, elle privilégie le poids, la continuité et l’improvisation. Le mouvement part du bassin et dialogue étroitement avec la musique, sans recherche de virtuosité ni de démonstration scénique.
Shaabi
Le shaabi apparaît en Égypte dans les années 1970 avec l’essor d’une musique populaire urbaine amplifiée. Festif, spontané et énergique, il se danse dans les rues, les mariages et les célébrations. Les mouvements sont libres, directs, souvent impulsifs, avec une forte relation au rythme et à l’ambiance collective plutôt qu’à une esthétique codifiée.
Raqs sharqi
Le raqs sharqi se structure au Caire dans les années 1920-1930, sous l’influence du music-hall, du cinéma et des orchestres. C’est une forme scénique élaborée, mêlant vocabulaire oriental, déplacements, bras travaillés et musicalité orchestrale. Il privilégie la composition, la virtuosité et la mise en scène, et constitue aujourd’hui la forme la plus connue de la danse orientale.
Danses régionales, sociales et rituelles du monde arabe
Les danses présentées ci-dessous appartiennent à des registres différents. Certaines sont issues de traditions régionales ou rurales, d’autres relèvent de pratiques sociales urbaines, de formes rituelles ou de stylisations scéniques apparues plus récemment. Elles sont souvent regroupées sous le terme générique de « danses folkloriques », alors qu’elles répondent à des contextes culturels, sociaux et historiques distincts. Aujourd’hui, ces danses sont relativement peu enseignées dans les écoles de danse, où l’accent est davantage mis sur des styles scéniques standardisés.
• Fellahi : Danse rurale égyptienne issue du monde paysan, transmise oralement bien avant le XIXᵉ siècle. Elle se caractérise par une énergie simple, ancrée et modeste, des mouvements rebondis et une posture légèrement penchée, évoquant le travail de la terre et la vie quotidienne.
• Eskandarani : Danse urbaine d’Alexandrie, développée à la fin du XIXᵉ siècle et stylisée au XXᵉ. Vive, joueuse et théâtrale, elle est souvent associée à la melaya et à une féminité populaire inspirée de la vie côtière.
• Mambouti : Danse inspirée des traditions nubiennes du sud de l’Égypte, antérieures au XIXᵉ siècle. Elle se distingue par un ancrage profond, des mouvements bas et une forte relation au rythme, avec une énergie terrienne et communautaire.
• Saïdi : Originaire de la Haute-Égypte, le saïdi existe depuis plusieurs siècles. Il est lié à une culture rurale et guerrière. Les versions folkloriques et scéniques se sont structurées principalement au XXᵉ siècle, souvent avec l’usage de l’assaya.
• Tanoura : Danse tournoyante introduite en Égypte au XIIIᵉ siècle par les confréries soufies. Elle repose sur la rotation continue, symbolisant le cycle de la vie et l’élévation spirituelle. D’abord rituelle, elle est devenue une forme scénique spectaculaire.
• Khaleegi : Danse sociale féminine des pays du Golfe, pratiquée depuis au moins les XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles. Elle met l’accent sur le buste, les cheveux et le port de robes amples, avec une expression élégante, retenue et intérieure.
• Debkeh : Danse collective très ancienne du Levant, pratiquée depuis au moins le XVIIIᵉ siècle. Elle se danse en ligne ou en cercle, avec des pas frappés et des sauts, et joue un rôle central dans les célébrations communautaires.
• Hagallah : Danse bédouine du nord-ouest de l’Égypte et de la Libye, attestée au XIXᵉ siècle. Elle est liée aux rites de mariage et suit une structure codifiée, avec des mouvements mesurés et une forte dimension sociale et rituelle.
• Melaya : Stylisation urbaine apparue au début du XXᵉ siècle à Alexandrie. Elle utilise la melaya comme élément central et met en scène une féminité populaire, joueuse et théâtrale, largement diffusée par le cinéma égyptien.
Formes contemporaines de la danse orientale
À partir de la fin du XXᵉ siècle, de nouvelles formes de danses orientales sont apparues, principalement en Occident. S’éloignant des cadres traditionnels et culturels d’origine, ces courants dits « modernes » ou « alternatifs » proposent des esthétiques hybrides, nourries de multiples influences contemporaines. Tribal, fusion, gothic ou expérimentales, ces formes utilisent parfois un vocabulaire issu de la danse orientale tout en développant leurs propres codes musicaux, visuels et scéniques. Elles relèvent davantage d’une démarche artistique actuelle que d’une continuité des traditions moyen-orientales, et coexistent aujourd’hui avec les formes plus classiques et historiques de la danse orientale.
Les fondements de l’interprétation en danse orientale
Pour comprendre ce qu’est la danse orientale, il est essentiel de saisir la relation étroite qu’elle entretient avec la musique. Chaque mouvement naît d’une écoute attentive et d’une conscience fine du corps. Cette danse ne repose pas sur l’enchaînement de chorégraphies figées, mais sur la capacité à être pleinement présent, à réagir aux nuances musicales et à laisser le corps dialoguer naturellement avec le rythme.
Le lien au rythme
Le rythme constitue la base même de toute interprétation en danse orientale. Contrairement à d’autres danses où la mélodie peut primer, ici le rythme guide, structure et nourrit le mouvement. Les percussions, qu’elles soient jouées à la darbouka, au riqq ou par d’autres instruments, créent une pulsation à laquelle le corps répond de manière presque instinctive. Cette relation au rythme ne se limite pas à marquer les temps : elle implique une compréhension fine des cycles rythmiques, des accents forts et faibles, des silences qui suspendent le mouvement et des variations qui invitent à transformer la qualité gestuelle.
Dans le baladi, cette connexion rythmique se manifeste par un ancrage profond où chaque mouvement semble émaner du sol lui-même, tandis que le shaabi privilégie une réactivité immédiate aux percussions, avec une énergie directe et festive. Le raqs sharqi, plus élaboré dans sa structure musicale, demande une lecture rythmique plus complexe, capable d’intégrer les nuances d’un orchestre complet tout en conservant cette pulsation fondamentale.
Le rôle du bassin
Le bassin occupe une place centrale dans le vocabulaire gestuel de la danse orientale, bien au-delà de l’image réductrice souvent véhiculée. Il constitue le centre de gravité du mouvement, le point d’où naissent les ondulations, les accents et les vibrations qui caractérisent cette danse.
Dans le baladi notamment, le bassin agit comme moteur principal du mouvement, ancré et puissant, créant des cercles, des huit et des accents qui dialoguent directement avec les percussions. Cette centralité du bassin ne relève pas d’une intention de séduction ou de provocation, mais d’une logique corporelle où le centre du corps initie l’énergie qui se propage ensuite vers les extrémités. Les mouvements du bassin sont techniquement exigeants, nécessitant une dissociation fine entre le haut et le bas du corps, une mobilité de la colonne vertébrale et un contrôle musculaire précis. Ils permettent également une grande richesse d’expression : un même mouvement de bassin peut être doux et ondulant ou sec et percussif selon l’intention et la musique. Le raqs sharqi a enrichi ce vocabulaire en y ajoutant des déplacements complexes et des combinaisons élaborées, tandis que le shaabi le libère dans une spontanéité joyeuse et sans retenue.
L’importance de l’écoute musicale
L’écoute musicale représente peut-être la compétence la plus subtile et la plus déterminante dans l’interprétation de la danse orientale. Il ne suffit pas d’entendre la musique, il faut la comprendre, la ressentir et y répondre. Cette écoute se développe progressivement, passant d’une reconnaissance des rythmes de base à une perception fine des instruments, des mélodies, des transitions et des intentions émotionnelles portées par la composition.
Dans le raqs sharqi, où les compositions orchestrales peuvent être complexes et structurées en plusieurs sections, cette écoute devient encore plus cruciale : la danseuse doit anticiper les changements, respecter les nuances dynamiques et créer une narration chorégraphique cohérente malgré l’improvisation. Le baladi et le shaabi, bien que reposant sur des structures musicales souvent plus simples, exigent la même qualité d’écoute mais orientée différemment : vers la continuité et la profondeur pour le premier, vers la spontanéité et la réactivité pour le second.
L’improvisation
L’improvisation constitue l’âme même de la danse orientale, ce qui la distingue fondamentalement de nombreuses formes chorégraphiques occidentales. Improviser ne signifie pas danser au hasard ou sans préparation, mais posséder un vocabulaire gestuel suffisamment intégré pour pouvoir composer instantanément, en réponse directe à la musique et à l’énergie du moment. Dans le contexte social où la danse orientale a pris naissance, l’improvisation était la norme : les femmes dansaient lors des célébrations sans chorégraphie préétablie, laissant leur corps répondre naturellement à la musique et à l’ambiance collective.
Le baladi a conservé cette dimension improvisée comme essence même de son identité, privilégiant l’authenticité du moment à la perfection technique. Le shaabi pousse cette spontanéité encore plus loin, encourageant une liberté gestuelle totale où le plaisir de danser l’emporte sur toute considération esthétique formelle. Même dans le raqs sharqi, qui a développé des structures chorégraphiques plus élaborées pour la scène, l’improvisation demeure présente, notamment dans les sections de taqsim où la danseuse dialogue avec un instrument soliste sans accompagnement rythmique fixe.
Découvrir la danse orientale
L’Egypte, berceau de la danse orientale
L’origine de la danse orientale s’inscrit dans une longue histoire liée à la vie quotidienne des peuples de l’Orient, et plus particulièrement de l’Égypte. Transmise de manière informelle, elle accompagnait fêtes, rituels et moments sociaux. Au fil du temps, cette danse a connu une évolution, passant de pratiques populaires et sociales à des formes scéniques plus codifiées. Nourrie par les changements culturels, urbains et artistiques, la danse orientale d’aujourd’hui porte encore les traces de ses racines anciennes, tout en continuant à se transformer.
Rythmes et mélodies d’Orient
Les musiques de danse orientale sont faites pour accompagner le corps, soutenir le rythme et laisser place à l’expression. Elles peuvent être instrumentales ou prendre la forme de chansons, connues et populaires, comme « Shik Shak Shok » de Hassan Abou El Seoud ou « West Naima » de Hossam Ramzy. Le rythme est porté par la Darbouka et le Riqq, tandis que le Oud et le Violon apportent émotion et profondeur, créant une musique vivante, expressive et étroitement liée à la danse.
Les icônes féminines de la danse
Les danseuses orientales ont marqué l’histoire grâce à des figures devenues célèbres, en Égypte et dans tout l’Orient. Badia Masabni a joué un rôle central en faisant entrer la danse sur scène et en révélant de nombreux talents. Samia Gamal a apporté élégance et modernité, tandis que Fifi Abdou a incarné une danse populaire, puissante et expressive. Ces artistes, aux côtés d’autres grandes danseuses, ont façonné l’image de la danse orientale telle qu’on la connaît aujourd’hui.
FAQ : les questions fréquentes sur la danse orientale
La danse orientale se limite-t-elle à la danse du ventre ?
Non ! « Danse du ventre » est un terme réducteur occidental. La danse orientale regroupe plusieurs styles aux contextes, esthétiques et intentions différentes. Elle ne se limite ni au ventre ni à une seule forme de danse.
Est-ce une danse religieuse ou traditionnelle ?
Ce n’est pas une danse religieuse. Elle est sociale, culturelle ou scénique selon les styles. Certaines formes sont traditionnelles ou folkloriques, d’autres modernes, mais toutes sont liées à la vie quotidienne, pas au culte.
Peut-on commencer sans expérience en danse ?
Oui. La danse orientale est accessible à tous. Elle se base sur des mouvements naturels, l’ancrage et l’écoute musicale, sans nécessiter de formation préalable en danse.
Quels sont les différents styles de danses orientales ?
On trouve les 3 principales styles, raqs sharqi (scénique), le baladi (urbain), le shaabi (populaire), ainsi que des danses folkloriques régionales et des formes contemporaines. Chaque style correspond à un contexte culturel et musical précis.
Pourquoi la musique orientale semble répétitive ?
La répétition crée une continuité propice à l’improvisation et à l’écoute profonde. Les variations sont subtiles et progressives, laissant le temps au mouvement de s’installer dans le corps.
Pourquoi certaines danseuses sont-elles couvertes et d’autres dénudées ?
La différence vient du contexte : la galabeya est une tenue couvrante liée aux danses sociales, tandis que la bedlah est un costume de scène, plus dénudé, conçu pour le cabaret et la visibilité.
La danse orientale a-t-elle pour but de séduire ?
La danse orientale peut être expressive ou sensuelle, mais elle n’a pas pour vocation de séduire. L’association avec la séduction vient surtout du cabaret et du regard occidental.