Les grandes danseuses orientales

La danse orientale s’est construite grâce à des danseuses orientales connues qui ont marqué l’histoire par leur talent, leur audace et leur créativité. Véritables pionnières, ces artistes ont fait évoluer la danse, l’ont portée sur les grandes scènes et l’ont transmise à travers les générations. Des figures emblématiques de l’âge d’or égyptien aux stars contemporaines, cette page rend hommage aux danseuses célèbres qui ont façonné cet art. Considérées comme les meilleurs danseuses et les grandes danseuses de leur époque, elles incarnent chacune un style, une vision et une force d’expression unique qui continuent d’inspirer danseurs et passionnés à travers le monde.

Fifi AbdouFifi Abdou

Fifi Abdou, née Atiyat Abdul Fattah Ibrahim en avril 1945 au Caire, est une légende de la danse orientale égyptienne. Son parcours illustre parfaitement l’ascension d’une jeune fille de la campagne devenue une star incontournable de la scène artistique égyptienne.

Dès son plus jeune âge, Fifi Abdou développe une passion pour la danse en s’inspirant des grandes danseuses de l’âge d’or du cinéma égyptien. À 12 ans, elle rejoint une troupe de danse folklorique, marquant ainsi le début de sa carrière. Son talent exceptionnel lui permet de devenir soliste à seulement 13 ans, et elle acquiert rapidement une notoriété grandissante dans les années 1970. Le style de danse de Fifi Abdou est caractérisé par sa forte personnalité et son approche unique de la danse orientale. Elle est reconnue pour sa maîtrise du style baladi, une forme de danse orientale plus terrienne et authentique. Sa technique se distingue par des mouvements puissants du bassin et du ventre, exécutés avec un contrôle remarquable. Fifi Abdou est également célèbre pour son improvisation constante et son interprétation scénique captivante, agrémentée de mimiques joueuses et coquines.
Au sommet de sa carrière, Fifi Abdou se produit dans les plus prestigieux cabarets du Caire, comme l’Arizona, le Meridien et le Gezira Sheraton. Ses spectacles, qui peuvent durer jusqu’à deux heures, sont de véritables shows où elle intègre parfois des numéros de cirque et d’autres formes d’art. Sa popularité est telle qu’elle aurait gagné jusqu’à 10 000$ par soirée et possédé une collection impressionnante de 5 000 costumes.

L’influence de Fifi Abdou sur la danse orientale est considérable. Elle a su mélanger les techniques traditionnelles avec des éléments contemporains, créant ainsi un style dynamique et captivant. Sa capacité à transmettre des émotions à travers ses mouvements et son interprétation musicale exceptionnelle ont inspiré de nombreux danseurs à travers le monde. Aujourd’hui, bien que Fifi Abdou soit davantage reconnue pour sa carrière d’actrice en Égypte, son héritage dans le monde de la danse orientale reste indélébile. Elle demeure une référence incontournable, admirée pour avoir révolutionné cet art et pour avoir incarné avec brio l’essence même de la danse orientale égyptienne.

Samia GamalSamia Gamal

Samia Gamal (1924-1994), née Zainab Ibrahim Mahfuz en mars 1924 dans le petit village de Wana, dans l’actuel gouvernorat de Beni Souef, est une grande dame de la danse orientale et du cinéma égyptien. Son parcours, marqué par des débuts modestes et une ascension fulgurante, a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de la danse orientale.

Née dans un village aux traditions conservatrices, Samia Gamal déménage rapidement au Caire avec sa famille, s’installant près du célèbre bazar Khân al-Khalili. Pour subvenir à ses besoins, elle travaille chez une couturière, où elle découvre la musique et le cinéma. C’est en voyant un film de Badia Masabni que naît son désir de devenir danseuse. Sa rencontre avec Badia Masabni, fondatrice syro-libanaise de la danse orientale moderne, marque un tournant décisif dans sa vie. Intégrée à la compagnie de danse de Masabni, elle adopte le nom de scène Samia Gamal. Sous la direction de Masabni, elle évolue d’abord en tant que figurante, avant de se voir offrir une chance de danser en solo. Tétanisée par la peur, elle échoue lors de sa première performance, mais cet échec la pousse à prendre des cours de ballet et à s’entraîner assidûment. Sa persévérance porte ses fruits : sa deuxième performance en solo est un succès retentissant, lançant ainsi sa carrière de danseuse orientale professionnelle.

Samia Gamal innove en intégrant des éléments de ballet classique et de danse latino-américaine à son style, rendant la danse orientale plus expressive et libre. Elle est également la première danseuse orientale à utiliser un voile et à danser avec des chaussures à talons hauts, des innovations qui contribuent à sa popularité croissante. À seulement vingt ans, elle devient l’une des danseuses les mieux payées et les plus demandées d’Égypte, se produisant dans de nombreux cabarets et théâtres. Sa carrière cinématographique débute dans les années 1940, où elle joue d’abord des rôles de figurante avant de décrocher des rôles principaux. En 1946, elle obtient le rôle principal dans « Ahmar shafayef » (Rouge à lèvres) de Wali Eddine Sameh, où elle incarne une domestique dont l’innocence et la délicatesse captivent le maître de maison. Sa collaboration avec Farid El Atrache, avec qui elle forme un duo à succès, marque une période prolifique de sa carrière. Leur relation amoureuse et professionnelle donne naissance à plusieurs films mémorables, dont « Ahebbak inta » (C’est toi que j’aime) en 1949.

Après sa séparation avec Farid El Atrache, Samia Gamal joue dans des films internationaux, notamment « La Vallée des Rois » en 1954 et « Ali Baba et les Quarante voleurs » de Jacques Becker, où elle interprète le rôle de Morgiane. Son mariage avec Sheppard King, un riche homme d’affaires texan, lui ouvre les portes des grandes salles américaines, mais leur union prend fin après un an et demi. De retour en Égypte, elle entretient une relation avec Rushdy Abaza, un acteur égyptien, avec qui elle se marie en 1960. Samia Gamal a su transcender ses origines modestes pour devenir une icône de la danse orientale.

Badia MasabniBadia Masabni

Badia Masabni (1892-1974) est considérée comme une des créatrices de la danse orientale moderne. Née à Damas dans l’Empire ottoman d’un père syrien et d’une mère libanaise, elle passe son enfance dans une école chrétienne où elle apprend le ballet classique et les claquettes. Après des revers de fortune familiaux et un mariage forcé, elle s’installe au Caire dans les années 1920 pour poursuivre une carrière de danseuse et d’actrice.

Sa contribution majeure à la danse orientale réside dans sa vision novatrice qui a transformé une danse traditionnelle intime en un spectacle grandiose. Elle modernise cet art en incorporant des éléments occidentaux, notamment des mouvements de danse classique comme les arabesques et les déplacements complexes. Elle introduit également les fameux « bras de serpent », ces ondulations fluides caractéristiques, ainsi que l’utilisation de voiles et de costumes deux-pièces inspirés d’Hollywood. En 1926, elle ouvre le Casino Badia au Caire, première académie de danse du ventre au monde. Ce lieu devient rapidement un établissement prestigieux, attirant une clientèle internationale et servant de tremplin pour de nombreuses artistes égyptiennes. Parmi ses élèves les plus célèbres figurent Samia Gamal et Taheyya Kariokka, qui deviendront des stars de la danse orientale.

Masabni révolutionne également l’accompagnement musical en intégrant des instruments occidentaux comme le violon et l’accordéon, permettant ainsi des chorégraphies plus élaborées. Elle s’inspire de diverses influences culturelles, notamment turques, espagnoles et de la danse contemporaine d’Isadora Duncan, créant un style unique qui définira la danse orientale moderne. Contrainte de quitter l’Égypte lors de l’arrivée au pouvoir de Nasser, elle s’exile au Liban où elle passera ses dernières années. Son héritage perdure aujourd’hui : un pont important du Caire porte son nom, témoignant de son impact durable sur la culture égyptienne et sur l’évolution de la danse orientale.

Tahia CariocaTahia Carioca

Tahia Carioca, née Badaweya Taheyya Mohamed Ali Elnedany Kareem (1915-1999), est une grande danseuse orientale égyptienne. Son parcours extraordinaire l’a menée des rues d’Ismaïlia aux plus grandes scènes du Caire, faisant d’elle une légende de son art.

Après une enfance difficile, marquée par la perte précoce de son père et des mauvais traitements, la jeune Badaweya s’enfuit au Caire. C’est là qu’elle découvre sa vocation pour la danse orientale. Malgré les réticences initiales de son entourage, son talent ne tarde pas à être remarqué par Badia Masabni, propriétaire du célèbre Casino Opera.
Sous le nom de scène de Tahia Mohamed, elle intègre la troupe de Masabni et se distingue rapidement comme danseuse soliste. C’est en incorporant la samba brésilienne, alors appelée « carioca », à ses performances qu’elle acquiert son surnom définitif de Tahia Carioca. Cette fusion audacieuse entre danse orientale traditionnelle et rythmes latino-américains devient sa signature, révolutionnant l’art de la danse du ventre. Tahia Carioca ne se contente pas d’exceller dans son domaine, elle le réinvente. Elle introduit de nouveaux mouvements, mêlant avec brio des éléments de ballet et de danse contemporaine à la tradition orientale. Son style unique, alliant grâce, sensualité et innovation, inspire des générations de danseuses et redéfinit les standards de la danse orientale.

Au sommet de sa carrière, Tahia Carioca se produit pour le roi Farouk et devient une véritable icône culturelle en Égypte et dans tout le monde arabe. Elle poursuit sa carrière de danseuse jusqu’en 1963, laissant derrière elle un héritage inestimable pour l’art de la danse orientale.

Neima AkefNeima Akef

Neima Akef, ou Naima Akeef (1929-1966), était une danseuse orientale égyptienne emblématique, également actrice et chanteuse. Elle a marqué l’Âge d’or du cinéma égyptien des années 1950, souvent mentionnée aux côtés de Samia Gamal et Tahia Carioca comme l’une des plus grandes danseuses orientales de son époque.

Née dans une famille d’acrobates, Neima Akef a commencé sa carrière artistique dès l’âge de quatre ans au sein du cirque Akeef, fondé par son grand-père. Elle est rapidement devenue l’attraction principale, captivant le public par ses performances. Sa famille, bien que basée au Caire, voyageait fréquemment pour les spectacles, ce qui a permis à Neima de développer une grande polyvalence artistique. À 14 ans, après la dissolution de la troupe familiale, Neima a continué à se produire dans des clubs du Caire, grâce aux relations de son grand-père. Elle a ensuite rejoint la compagnie Ya Layl Ya Ayn, spécialisée dans les danses et musiques folkloriques égyptiennes. Cette expérience lui a permis de perfectionner son art et de se faire connaître dans le milieu artistique.

Neima Akef a également fait un passage remarqué au célèbre cabaret de Badia Masabni, où elle est devenue l’une des vedettes, se distinguant par ses talents de chanteuse et de danseuse. Cependant, des jalousies internes l’ont poussée à quitter le cabaret. Au Kit Kat Club, elle a rencontré le metteur en scène Abbas Kemal et son frère, le réalisateur Hussein Fawzy, qui a été immédiatement séduit par son talent. Leur collaboration a marqué le début de sa carrière cinématographique, avec une quinzaine de films réalisés ensemble, dont le premier, « Al-Eïch wal malh » (Pain et sel), a été un succès dès sa sortie en 1949. En 1950, Neima Akef est devenue la première danseuse égyptienne à apparaître en couleur dans le film « Baba Areess ». Son rôle le plus mémorable reste celui de la ghawazy dans « Tamr Henna », où sa performance sur la chanson éponyme l’a consacrée comme l’une des plus grandes danseuses orientales.

Randa KamelRanda Kamel

Randa Kamel est une danseuse orientale égyptienne de renommée mondiale, née en 1978 à Mansoura, en Égypte. Sa carrière, s’étendant sur plus de deux décennies, l’a établie comme l’une des figures les plus influentes et respectées de la danse orientale contemporaine.

Dès son plus jeune âge, Randa a montré une passion pour la danse, se produisant lors de mariages familiaux et de fêtes scolaires, malgré la désapprobation de sa famille dans sa ville natale conservatrice. À l’âge de 12 ans, elle a commencé à étudier la danse folklorique au Caire, rejoignant la célèbre troupe Reda à l’âge de 15 ans. Randa a passé sept ans avec la troupe Reda, apprenant les danses folkloriques égyptiennes et se produisant dans le monde entier. À 21 ans, elle a lancé sa carrière solo de danseuse orientale à Alexandrie, avant de déménager au Caire. Elle n’a jamais suivi de cours formels de danse orientale, développant plutôt son propre style unique. Le style de Randa est caractérisé par son énergie, sa technique précise et sa musicalité. Elle est connue pour fusionner tradition et innovation, repoussant les limites de la danse orientale. Sa carrière l’a menée à se produire dans des lieux prestigieux comme l’hôtel Meridien et le bateau de croisière Nile Maxim. Au-delà de ses performances, Randa est une enseignante respectée, partageant ses connaissances avec des milliers d’élèves à travers le monde. Elle organise son propre festival de danse, « Raqs Of Course », au Caire depuis 2014, ainsi qu’un cours intensif appelé « Randa Kamel Of Course ».
Randa dirige son propre orchestre de 28 musiciens. Elle a également créé une auberge pour danseurs, une école de danse et possède un studio d’enregistrement où elle produit sa propre musique. Elle continue de se produire lors de mariages, de fêtes et sur le Nile Maxim lorsqu’elle est en Égypte.

Randa Kamel est considérée comme une pionnière qui a contribué à moderniser et à populariser la danse orientale à l’échelle internationale. Son dévouement, sa passion et sa capacité à combiner tradition et innovation ont fait d’elle une source d’inspiration pour de nombreuses danseuses à travers le monde. En 2025, à l’âge de 47 ans, Randa Kamel continue d’être une figure dominante dans le monde de la danse orientale, perpétuant l’héritage de cet art tout en l’adaptant aux nouvelles générations.

Sadie MarquardtSadie Marquardt

Sadie Marquardt est une danseuse orientale américaine reconnue dans le monde entier, née dans le Wisconsin et résidant actuellement au Colorado. Sa carrière s’étend sur plus de deux décennies, faisant d’elle l’une des figures les plus influentes de la danse orientale contemporaine.

Sadie a commencé sa formation en danse orientale au Colorado avec Joyan, sa première professeure. Son parcours l’a ensuite menée à étudier avec de nombreux danseurs et musiciens célèbres du Moyen-Orient. Un voyage en Turquie a été particulièrement marquant, lui permettant d’observer la danse et d’apprendre à jouer du doumbek avec le maître percussionniste Souhail Kaspar. Sadie Marquardt a fait sa première apparition remarquée comme étoile montante dans BD-TV Vol. II en 2004. Depuis, elle parcourt le monde depuis plus de 10 ans pour donner des ateliers et des spectacles. Sa carrière l’a amenée à se produire dans des événements prestigieux, notamment dans l’émission télévisée « America’s Got Talent », où elle a représenté l’art de la danse orientale devant des millions de téléspectateurs. Le style de Sadie est reconnu pour sa technique impeccable, sa fluidité et son expressivité. Elle est considérée comme une icône et une source d’inspiration pour ses étudiants et ses fans à travers le monde. Sa capacité à captiver le public et à transmettre l’essence de la danse orientale a fait d’elle l’une des danseuses les plus respectées de sa génération.

Sadie est la fondatrice et directrice du programme d’entraînement « Raqs Flow », qui vise à donner aux étudiants une solide base technique tout en les connectant à la culture et aux racines historiques de la danse. Elle a produit plus d’une douzaine de DVD d’instruction en danse orientale, devenus des best-sellers. En plus de sa carrière de danseuse et d’enseignante, Sadie a lancé sa propre ligne de vêtements de danse athlétique. Elle organise également des retraites de danse dans diverses destinations à travers le monde, offrant à ses étudiants une exploration approfondie de cet art et de leur propre intériorité. En 2020, Sadie a participé à « The Massive Spectacular! », un spectacle épique de danse orientale à Las Vegas, qui a été l’un des derniers grands événements avant la fermeture due à la pandémie. Elle continue à enseigner des cours et des ateliers primés de danse orientale, ainsi qu’à se produire localement au Colorado lorsqu’elle n’est pas en tournée.

Dina TalaatDina Talaat

Dina Talaat Sayed Muhammad, née en mars 1964 à Rome, en Italie, est une célèbre danseuse orientale et actrice égyptienne. Son père était correspondant pour l’Agence de presse du Moyen-Orient à Rome. Dina a connu une jeunesse marquée par des difficultés personnelles, notamment une tentative de suicide à l’âge de 16 ans suite au décès de son fiancé.

Sur l’insistance de son père, Dina a poursuivi des études supérieures et a obtenu une maîtrise en philosophie de l’université Ain Shams. Cependant, sa véritable passion pour la danse orientale s’est manifestée dès son plus jeune âge. Elle a commencé sa carrière professionnelle au début des années 1970 avec la troupe de danse Reda. Dans les années 1980, Dina s’est lancée dans une carrière solo qui l’a rapidement propulsée au rang de star de la danse orientale en Égypte. Elle s’est fait remarquer pour son style unique et audacieux, notamment en se produisant au Cairo Sheraton dans des tenues non conventionnelles comme des shorts et des bikinis, choquant la société égyptienne de l’époque. Parallèlement à sa carrière de danseuse, Dina s’est également lancée dans le cinéma à la fin des années 1980. Elle a joué dans de nombreux films populaires égyptiens, dont « Ginan fi Ginan » (1990), « Al-Mansi » (1993), et « Estakoza » (1996). Sa carrière d’actrice s’est étendue au théâtre et à la télévision, enrichissant ainsi son parcours artistique.

Malgré les rumeurs de retraite, Dina a continué sa carrière, se produisant dans des mariages et donnant des spectacles à l’international, notamment au Brésil en 2005 et en Australie en 2010. En 2011, Dina a publié son autobiographie intitulée « Huriati Fi Al Raqs » (Ma liberté dans la danse), qui a connu un succès particulier dans son édition française. Le magazine américain Newsweek l’a surnommée « la dernière danseuse égyptienne », soulignant son statut d’icône dans le monde de la danse orientale. Aujourd’hui, Dina Talaat est reconnue comme l’une des plus grandes danseuses orientales au monde.