Festival Montpellier Danse 2026
Chaque été depuis plus de quatre décennies, Montpellier se transforme. Du 20 juin au 4 juillet 2026, avec un prélude dès le 11 juin à Sète, le Festival Montpellier Danse tient sa 46e édition : vingt-quatre spectacles, une dizaine de lieux, des artistes venus d’une quinzaine de pays et une succession de créations mondiales. Pour la première fois de son histoire, le festival s’inscrit dans une structure entièrement repensée, l’Agora, Cité Internationale de la Danse, née de la fusion du festival et du Centre chorégraphique national Montpellier Occitanie. À la tête du festival Montpellier Danse 2026, une direction collégiale inédite réunit quatre artistes aux univers radicalement différents : Jann Gallois, Dominique Hervieu, Pierre Martinez et Hofesh Shechter. Une nouvelle ère s’ouvre, qui embrasse toutes les formes chorégraphiques sans hiérarchie, du flamenco contemporain à la performance conceptuelle, pour faire de Montpellier, plus que jamais, la capitale européenne de la danse.Montpellier Danse, une institution majeure de la danse contemporaine
L’histoire commence en 1981. À Montpellier, une poignée de passionnés parie sur la danse contemporaine à une époque où la discipline peine encore à conquérir ses lettres de noblesse en France. Le Festival Montpellier Danse naît dans ce contexte pionnier, porté par une conviction simple et radicale : la danse mérite une vitrine à la hauteur de son ambition.
La ville n’est pas un choix anodin. Montpellier abrite depuis 1979 le Ballet du Sud, compagnie fondée par Dominique Bagouet, figure centrale de la danse française des années 1980. Chorégraphe inclassable, héritier de la nouvelle danse française autant qu’inventeur d’un langage gestuel qui lui appartient en propre, Bagouet installe durablement la ville dans la cartographie de la création contemporaine. Son influence sur le festival est décisive : il contribue à en faire un lieu de recherche autant que de diffusion, un espace où la danse se pense en même temps qu’elle se donne à voir. Sa mort en 1992, à quarante ans, laisse un vide immense, mais son héritage continue d’irriguer la vie chorégraphique montpelliéraine. C’est sous l’impulsion de Jean-Paul Montanari, qui dirige le festival pendant plus de quarante ans, que Montpellier Danse devient une référence internationale. Programmateur visionnaire, Montanari construit patiemment un festival qui accompagne les grandes mutations de la danse contemporaine mondiale. Il invite très tôt des chorégraphes qui n’ont pas encore la reconnaissance qu’ils méritent, prend des risques artistiques que peu d’institutions s’autorisent, et fait de Montpellier une étape incontournable pour les artistes comme pour les professionnels du secteur. Pina Bausch, William Forsythe, Anne Teresa De Keersmaeker, Mathilde Monnier, Christian Rizzo : autant de noms dont les œuvres ont ponctué les éditions successives et forgé l’identité du festival.
Quarante-cinq éditions plus tard, le bilan est saisissant. Montpellier Danse s’est imposé comme l’un des festivals de danse contemporaine les plus influents d’Europe, reconnu bien au-delà des frontières françaises.
Montpellier, capitale de la danse pendant deux semaines
La géographie du festival Montpellier Danse 2026 est elle-même une invitation au voyage dans la ville. Chaque lieu porte une couleur propre, une acoustique particulière, une relation singulière au public.
L’Agora, Cité Internationale de la Danse, constitue le cœur battant du festival. Installée boulevard Louis Blanc, cette ancienne faculté de médecine reconvertie abrite huit studios de répétition, un théâtre en plein air et de nombreux espaces de travail. Pour cette édition 2026, ses cours et ses recoins s’ouvrent au public comme jamais auparavant : le spectacle d’ouverture, Histoires de danses, se déroule en déambulation dans l’ensemble du bâtiment, invitant les spectateurs à circuler librement entre les différents espaces. Un geste symbolique fort, qui dit l’ambition de la nouvelle direction de faire de ce lieu une maison ouverte plutôt qu’une forteresse artistique.
À quelques minutes à pied, l’Opéra Berlioz au Corum accueille les grandes formes. Avec sa jauge importante et son acoustique travaillée, il est le cadre idéal pour les productions ambitieuses comme le nouveau spectacle d’Emanuel Gat sur la Cinquième Symphonie de Mahler ou la création du Ballet National de Marseille dirigé par (LA)HORDE. L’Opéra Comédie, place de la Comédie, offre quant à lui un écrin plus intimiste au cœur de la ville, à deux pas des terrasses animées du centre historique.
Le Domaine d’O, aux portes de la ville, joue dans une autre dimension. Son amphithéâtre en plein air, l’Amphi d’O, accueille cette année pour la première fois le festival, avec deux soirées événementielles : la création de Hofesh Shechter avec Shechter II et le concert dansé réunissant le musicien Hervé et la compagnie MazelFreten. Sous les étoiles, avec la garrigue pour décor, ces soirées promettent une expérience sensorielle qui dépasse la simple représentation. Le festival déborde même les limites de la métropole. À Sète, le Théâtre de la Mer accueille le prélude avec le flamenco contemporain de David Coria. Cette scène unique, adossée à la mer avec pour horizon la Méditerranée, offre un cadre qui appartient à nulle autre. La navette bateau qui relie le parking au théâtre, les embruns du soir, la lumière particulière du port de Sète : la représentation commence bien avant que le rideau ne se lève.
Entre ces pôles principaux, d’autres lieux tissent la trame du festival. Le Kiasma à Castelnau-le-Lez, le Théâtre Jean Vilar dans le quartier de la Paillade, le Théâtre des 13 Vents au Domaine de Grammont, la Maison des Chœurs place Albert 1er : autant d’escales qui dessinent un festival décentralisé, ancré dans des quartiers et des territoires que les grandes manifestations culturelles visitent trop rarement.
Une nouvelle direction artistique en 2026 et l’Agora, Cité Internationale de la Danse
2026 marque une transformation profonde dans l’histoire du festival. Après plus de quarante ans sous la direction de Jean-Paul Montanari, Montpellier Danse entre dans une nouvelle ère avec la création de l’Agora, Cité Internationale de la Danse, née de la fusion du festival et du Centre chorégraphique national Montpellier Occitanie. Production, diffusion, enseignement universitaire, formation professionnelle, éducation artistique et soutien à l’émergence : toutes ces missions se trouvent désormais articulées au sein d’un même lieu, sans équivalent en France ni en Europe. Pour diriger cet ensemble, le choix d’une codirection collégiale à quatre voix est en lui-même un signal fort. Jann Gallois, chorégraphe française révélée par un premier solo couronné de neuf prix internationaux, Dominique Hervieu, figure expérimentée de la diffusion et de la direction d’institution, Pierre Martinez, homme de transmission et d’ancrage territorial, et Hofesh Shechter, star internationale dont la Hofesh Shechter Company rayonne sur les grandes scènes du monde entier : quatre trajectoires que tout sépare, et qui font précisément de cette divergence la matière de leur projet commun. La formation constitue l’autre chantier majeur de cette nouvelle direction. Aux côtés du Master exerce, formation universitaire déjà réputée internationalement, la nouvelle formation Boost ouvre ses portes en septembre 2026. Classe préparatoire gratuite destinée aux artistes autodidactes de 18 à 25 ans écartés des circuits académiques, elle dit mieux que tout discours l’ambition sociale et artistique que la nouvelle Agora entend porter.
Les temps forts du programme 2026
La programmation de cette édition couvre un spectre artistique exceptionnellement large, des créations mondiales très attendues aux premières françaises de compagnies internationales encore inconnues du public hexagonal. Voici les rendez-vous qui s’annoncent comme les moments forts de ces quinze jours.
• Histoires de danses : Le spectacle d’ouverture, les 20 et 21 juin à l’Agora, est à lui seul un événement. Réunissant une dizaine de chorégraphes autour de quarante ans d’histoire du festival, il se déploie en déambulation dans l’ensemble des espaces de l’Agora, dont certains ouverts au public pour la première fois. Mathilde Monnier, Christian Rizzo, Salia Sanou, Hofesh Shechter et Jann Gallois y côtoient les Carnets Bagouet dans une soirée conçue comme un palimpseste vivant de la danse contemporaine française.
• Emanuel Gat Dance : Cinq Jours au Soleil, Création mondiale très attendue, les 21 et 22 juin à l’Opéra Berlioz. Emanuel Gat, chorégraphe dont l’éclectisme musical va de Bach à Kanye West, s’attaque à la Cinquième Symphonie de Mahler dans une œuvre où la lumière devient un élément chorégraphique à part entière, au même titre que les corps des douze danseurs sur scène.
• Collectif XY : Le Pas du Monde, les 24 et 25 juin à l’Opéra Berlioz. Référence du cirque contemporain, le Collectif XY réunit une vingtaine de circassiens et trois chanteurs a cappella pour une œuvre poétique et physique sur le rapport de l’humain à la nature. Éblouissant et profondément choral.
• Hofesh Shechter / Shechter II : In the Brain, le 24 juin à l’Amphi d’O, pour la première fois dans ce lieu. Les huit jeunes danseurs de Shechter II, âgés de 18 à 25 ans, plongent dans une œuvre électrisante entre rave et rituel, développée à partir de CAVE, pièce créée originellement pour la Martha Graham Company. Une expérience euphorique où seul le beat survit.
• Ballet National de Marseille, direction (LA)HORDE, après moi, le déluge, création mondiale les 30 juin et 1er juillet à l’Opéra Berlioz. Depuis leur arrivée à la tête du Ballet National de Marseille en 2019, Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel n’ont cessé de bousculer les codes. Leur nouvelle création confronte l’individu au groupe dans une épopée cathartique pour douze interprètes, portée par une scénographie impressionnante et une musique originale de Pierre Aviat.
• Serge Aimé Coulibaly & Vieux Farka Touré : Back to Kidal, création mondiale les 1er et 2 juillet à l’Opéra Comédie. Le chorégraphe burkinabè Serge Aimé Coulibaly s’associe au guitariste malien Vieux Farka Touré, fils du légendaire Ali Farka Touré, pour un spectacle immersif où le blues retrouve ses racines africaines. Un dispositif où la frontière entre scène et salle se dissout, pour une expérience collective rare.
• Abby Z and the New Utility : Radioactive Practice, les 27, 28 et 29 juin au Théâtre Jean-Claude Carrière. Première en France pour cette chorégraphe américaine dont le travail hyper-physique mêle danse urbaine, arts martiaux et formes afro-diasporiques. Six danseurs poussés à l’extrême de leurs limites dans un dispositif quadri-frontal, sans musique, avec pour seule matière sonore les souffles, les frappes de sneakers et les encouragements lancés d’un interprète à l’autre.
• Hervé x MazelFreten : Grand final du festival, le 4 juillet à l’Amphi d’O. Le musicien hyper-pop Hervé, auréolé d’une Victoire de la Musique, s’associe aux danseurs de MazelFreten, collectif révélé au monde entier lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024. Un concert dansé spectaculaire pour clore l’édition en beauté, sous les étoiles du Domaine d’O.
Les événements gratuits et la danse dans l’espace public
Le festival n’a jamais été uniquement une affaire de salles et de billets. Cette édition 2026 l’affirme avec une conviction particulière : la danse appartient à tous, et la ville entière peut en être le théâtre.
Les Grandes Leçons de Danse constituent le rendez-vous populaire par excellence. Chaque matin à 10h, du 22 juin au 4 juillet, les chorégraphes du festival investissent les places de Montpellier pour des initiations de 45 minutes ouvertes à tous, débutants comme danseurs confirmés. Chaussures confortables obligatoires, aucun prérequis nécessaire : le principe est celui d’une danse sans barrière, qui commence la journée sous le signe du mouvement partagé. Les lieux précis sont communiqués via la newsletter du festival dans les semaines précédant l’ouverture.
Les performances in situ prolongent cette logique hors les murs. Jann Gallois présente In Situ, la première pièce de son répertoire conçue spécifiquement pour l’espace public, le 1er juillet place Max Rouquette puis au Kiosque Bosc sur l’Esplanade Charles-de-Gaulle. Quatre interprètes questionnent avec humour la place de l’individu dans la ville et le groupe, dans une performance de 30 minutes qui se termine par une invitation à danser adressée au public. Dans les communes de la métropole, la Cellule d’Excellence d’Epsedanse transporte un extrait de Prélude, chorégraphié par Kader Attou, dans cinq villes différentes entre le 26 juin et le 1er juillet : Sussargues, Cournonsec, Murviel-lès-Montpellier, Castries et Pérols. Autant d’escales qui portent la danse contemporaine dans des territoires où elle se fait trop rare.
L’installation de Christian Rizzo et Caty Olive, 100% Polyester, Objet Dansant N°…, occupe quant à elle le Studio Gert de l’Agora du 20 juin au 4 juillet, en accès libre chaque après-midi de 14h à 17h. Deux robes suspendues dans une ronde, animées par la lumière traitée comme un mouvement à part entière : une boucle de 15 minutes sans début ni fin, qui interroge l’existence de la danse en dehors du corps. Une expérience contemplative et étrange, à contre-courant de l’agitation du festival, qui mérite qu’on s’y arrête.
MazelFreten offre un avant-goût de leur concert avec Hervé le 3 juillet place de l’Europe, en plein air et en entrée libre. Un extrait de Rave Lucid, leur troisième pièce, suivi d’un DJ set : une soirée électro et chorégraphique gratuite au cœur de la ville, ouverte à tous les habitants de la métropole.
