Le défilé de carnaval

À Rio de Janeiro, le défilé de carnaval des écoles de samba est l’expression la plus spectaculaire de la fête brésilienne, mais ce modèle s’est aussi diffusé dans de nombreux autres pays. Chaque défilé repose sur une structure précise où musique, danse, costumes et chars s’unissent pour raconter une histoire collective. Bien plus qu’un simple divertissement, ces événements donnent lieu à des compétitions officielles où les écoles de samba sont jugées sur la qualité de leur performance. Comprendre cette organisation permet de saisir comment ces écoles transforment la rue en scène et font du carnaval de samba l’un des plus grands spectacles vivants du monde.
carnaval samba

Structure d’un défilé de samba

L’enredo

L’enredo constitue le fondement du défilé de samba. Il s’agit du thème narratif choisi chaque année par l’école, autour duquel s’organisent l’ensemble des éléments du défilé : musique, danse, costumes, chars et mise en scène. L’enredo peut s’inspirer de l’histoire, de personnages célèbres, de mythes, de traditions culturelles ou encore de questions sociales. Dans le cadre du carnaval compétitif, l’enredo fonctionne comme un fil conducteur qui donne sens et cohérence à la performance collective. Les études sur les écoles de samba montrent que le défilé est pensé comme une narration en mouvement, dans laquelle chaque section correspond à un fragment de l’histoire racontée.

Ordem do desfile

L’ordem do desfile désigne l’ordre précis dans lequel les différentes composantes de l’école entrent et évoluent dans le Sambódromo. Cet ordre n’est ni arbitraire ni interchangeable : il obéit à des règles institutionnelles et à des conventions esthétiques largement partagées.
L’organisation du défilé vise à assurer la fluidité du mouvement, la lisibilité de l’enredo et la bonne occupation de l’espace. Toute rupture, désordre ou retard peut être sanctionné par le jury, ce qui montre que le défilé est à la fois une fête populaire et une performance strictement réglementée.

Commission de frente

La commission de frente ouvre le défilé. Elle est composée d’un groupe restreint de participants chargés de présenter l’école et d’introduire le thème du défilé. Sa performance repose sur une chorégraphie soigneusement élaborée, souvent théâtrale et symbolique. Selon Gonçalves, la commission de frente joue un rôle essentiel dans la première impression laissée au public et au jury. Elle agit comme une mise en scène introductive, annonçant l’univers narratif et esthétique de l’enredo à travers la danse, le jeu corporel et parfois des éléments scénographiques.

Mestre-sala & porta-bandeira

Le mestre-sala et la porta-bandeira forment un couple central du défilé. Leur fonction est de porter, protéger et mettre en valeur le drapeau de l’école, symbole fondamental de son identité et de son honneur. Leur danse est cérémonielle, codifiée et soumise à des règles strictes. Leur performance repose sur des salutations, des déplacements circulaires, des gestes élégants et un contrôle constant du corps. Toute faute, chute du drapeau, pas incorrect, manque de respect des conventions, peut entraîner de lourdes pénalités. Cette danse, héritière de traditions anciennes, incarne la dimension rituelle et institutionnelle du carnaval des écoles de samba.

Passistas

Les passistas sont les danseurs et danseuses spécialisés dans le samba, souvent reconnus pour leur virtuosité et leur expressivité. Ils exécutent le samba no pé et incarnent l’énergie, la vitalité et la sensualité associées au carnaval. Bien qu’ils disposent d’une certaine liberté expressive, les passistas restent intégrés à la structure collective du défilé et doivent respecter le rythme de la bateria ainsi que la progression générale de l’école. Leur présence renforce l’impact visuel et rythmique du défilé, tout en mettant en valeur la tradition du samba comme danse populaire urbaine.

Bateria

La bateria constitue le cœur rythmique du défilé. Cet orchestre de percussions, parfois composé de plusieurs centaines de musiciens, accompagne l’ensemble de l’école et impose le tempo du chant, de la danse et de la marche. Dirigée par le mestre de bateria, elle assure la régularité du rythme tout en intégrant des variations et des arrêts spectaculaires. La bateria est un élément central du jugement, car elle conditionne la cohésion de l’ensemble et l’énergie du défilé.

Ala das baianas

L’ala das baianas est l’une des sections les plus traditionnelles et symboliques du défilé. Elle est composée de femmes vêtues de larges robes inspirées des tenues afro-bahianaises, rappelant les origines historiques et culturelles du samba. Cette ala représente la mémoire des racines afro-brésiliennes des écoles de samba et occupe une place respectée dans le défilé. Sa présence souligne la continuité entre le carnaval contemporain et les traditions culturelles issues des communautés noires urbaines.

Carros alegóricos (chars)

Les carros alegóricos, ou chars allégoriques, constituent les éléments les plus spectaculaires du défilé. Ces structures monumentales illustrent visuellement les différentes parties de l’enredo et combinent art, architecture, costume et performance. Les chars contribuent à la dimension théâtrale et narrative du défilé, en matérialisant les thèmes abordés par l’école. Leur conception et leur intégration dans le déroulement du défilé sont soumises à des critères stricts, et toute défaillance peut affecter l’évaluation finale.

defilé de carnaval

La musique au cœur du carnaval

Le rôle central de la musique dans le carnaval

Dans le carnaval brésilien, et plus particulièrement dans les défilés des écoles de samba de Rio de Janeiro, la musique occupe une place absolument centrale. Elle ne constitue pas un simple accompagnement du spectacle, mais en est le principe organisateur. Comme le montrent les travaux sur les écoles de samba, le défilé repose sur une articulation étroite entre musique, chant, danse et déplacement collectif : c’est la musique qui garantit la cohésion de l’ensemble et la continuité du défilé dans l’espace du Sambódromo.
La musique structure le temps du défilé, impose le rythme de marche des participants, soutient la danse et permet à des milliers de défilants d’évoluer de manière coordonnée. Elle joue également un rôle identitaire fort : chaque école se reconnaît et se distingue par son samba-enredo et par le style de sa bateria. Enfin, la musique est au cœur de l’évaluation par les jurys, ce qui confirme son statut fondamental dans le carnaval compétitif contemporain.

Le samba-enredo : musique officielle du défilé

Le samba-enredo est la composition musicale officielle créée chaque année par une école de samba pour accompagner son défilé. Il est indissociable de l’enredo, c’est-à-dire du thème narratif que l’école choisit de développer. Selon les analyses historiques du samba, cette forme musicale s’est imposée au XXᵉ siècle comme un genre spécifique, conçu pour être chanté collectivement et répété sur toute la durée du défilé.
Le samba-enredo doit remplir plusieurs fonctions : raconter l’histoire ou le message de l’école, être suffisamment simple et entraînant pour être chanté par tous les participants, et s’adapter au rythme imposé par la bateria. Il constitue ainsi un lien direct entre musique, parole et mouvement. Comme l’explique Hertzman, le carnaval a joué un rôle déterminant dans la diffusion et la consolidation de cette forme musicale, notamment à travers les concours, les enregistrements et la médiatisation des sambas de carnaval.

La bateria : cœur rythmique du carnaval

La bateria est l’orchestre de percussions qui constitue le cœur rythmique du défilé. Elle peut réunir un nombre très important de musiciens, parfois entre 200 et 300 percussionnistes, et représente l’une des expressions les plus spectaculaires de la musique de carnaval. La bateria est dirigée par le mestre de bateria, responsable de la cohésion rythmique, des variations et de la communication avec le reste de l’école.

Les instruments principaux qui composent la bateria sont :

• le surdo, qui marque la pulsation fondamentale
• la caixa, qui assure les contretemps et enrichit la texture rythmique
• le repinique, utilisé comme instrument de signal et de direction
• le tamborim, le chocalho et l’agogô, qui apportent des motifs rapides et une grande densité sonore

Cette organisation collective fait de la bateria un véritable corps musical, capable de maintenir une énergie constante tout au long du défilé. Les études sur le carnaval soulignent que la qualité et la régularité de la bateria sont des critères essentiels du jugement et participent fortement à l’impact émotionnel du spectacle.

Les breaks et variations rythmiques

Au sein de la performance de la bateria, les breaks et variations rythmiques jouent un rôle central. Les arrêts soudains, appelés paradinhas, suivis de reprises spectaculaires, constituent des moments très attendus du défilé. Ils servent à surprendre le public, à démontrer la maîtrise technique de la bateria et à mettre en valeur le chant ou certaines séquences chorégraphiques.
Ces variations exigent une coordination parfaite entre les percussionnistes, le mestre de bateria et le chanteur principal. Elles témoignent du caractère hautement organisé et discipliné de la musique de carnaval, qui repose sur des conventions partagées et des répétitions intensives, loin de toute improvisation anarchique.

Le chant collectif et le puxador

Le chant est un élément indissociable de la musique du carnaval. Le puxador (ou intérprete) est le chanteur principal chargé de guider l’ensemble vocal de l’école. Il entonne le samba-enredo et soutient le chœur formé par les milliers de défilants, qui doivent chanter de manière continue et synchronisée. Ce chant collectif renforce le sentiment d’appartenance à l’école et transforme le défilé en une expérience partagée, à la fois musicale et sociale. Comme le montrent les analyses historiques du samba, cette dimension collective du chant est l’un des traits fondamentaux du carnaval, où la musique devient une expression publique de l’identité populaire et afro-brésilienne.

musique carnaval

Danse et mise en scène du carnaval

Le rôle de la danse dans le carnaval

Dans le carnaval des écoles de samba, la danse occupe un rôle fondamental : elle constitue la traduction corporelle de la musique et participe pleinement à la narration du défilé. La danse ne peut être dissociée du chant et de la bateria, elle matérialise visuellement le rythme et permet au public comme au jury de percevoir l’énergie collective de l’école.
La danse est également un moyen de raconter l’enredo. À travers les mouvements, les attitudes corporelles et la synchronisation des groupes, les danseurs donnent une forme vivante au thème choisi. Elle fonctionne ainsi comme un langage symbolique qui transforme le défilé en un spectacle total, mêlant musique, corps, costumes et mise en scène. Enfin, la danse est une démonstration d’engagement collectif : chaque participant, même non professionnel, contribue par son corps à la réussite de l’ensemble.

La commission de frente (danse d’ouverture)

La commission de frente ouvre le défilé et joue un rôle stratégique. Elle se compose d’un groupe restreint de danseurs chargés de présenter l’école et d’introduire le thème du défilé. Sa danse est fortement chorégraphiée et théâtralisée, et constitue souvent l’un des moments les plus spectaculaires du passage de l’école. La commission de frente développe une danse narrative et symbolique, qui peut inclure des jeux scéniques, des effets visuels, des transformations de costumes ou des éléments de pantomime. Cette danse est pensée comme une véritable mise en scène, proche du théâtre, destinée à capter immédiatement l’attention du public et à annoncer l’univers esthétique et symbolique de l’enredo.

Le pas de samba (base de la danse)

Le pas de samba constitue la base de la danse du carnaval. Il se caractérise par des pas courts et rapides, ancrés dans le sol, accompagnés d’un mouvement continu des hanches et des jambes. Cette gestuelle produit une énergie à la fois dynamique et contrôlée, adaptée au rythme soutenu imposé par la bateria. Ce pas est conçu pour permettre aux danseurs de tenir sur la durée du défilé, tout en avançant dans l’espace du Sambódromo. Il s’agit d’une danse fonctionnelle autant qu’expressive, héritée des traditions afro-brésiliennes et adaptée au contexte urbain et compétitif du carnaval moderne.

Les alas chorégraphiées

Le défilé est organisé en alas (sections), dont certaines sont spécifiquement chorégraphiées. Ces alas exécutent des mouvements synchronisés et des gestes symboliques en lien avec le thème du défilé. Les chorégraphies restent généralement simples, afin d’être réalisées par un grand nombre de participants, mais elles sont conçues pour être visuellement efficaces et lisibles. Ces danses collectives renforcent la cohérence narrative de l’enredo et contribuent à l’impression d’unité de l’école. Elles illustrent également la dimension populaire du carnaval, fondée sur la participation massive plutôt que sur la virtuosité individuelle.

Samba no pé

Le samba no pé désigne la danse individuelle la plus emblématique du carnaval, notamment celle des danseuses et danseurs qui évoluent librement au sein des alas. Il repose sur le pas de samba, mais laisse place à une plus grande expressivité personnelle. Cette forme de danse met en valeur la maîtrise du rythme, la mobilité du corps et la capacité à dialoguer directement avec la musique.
Bien que plus libre, le samba no pé reste inscrit dans des conventions partagées et doit toujours rester en cohérence avec le rythme de la bateria et l’esprit collectif du défilé.

Le mestre-sala et la porta-bandeira

Le mestre-sala et la porta-bandeira forment un couple central du défilé, chargé de porter et de mettre en valeur le drapeau de l’école, symbole majeur de son identité. Leur danse est cérémonielle, codifiée et strictement réglementée. Elle repose sur des salutations, des déplacements élégants et des rotations destinées à protéger le drapeau tout en le présentant au public et au jury.
Contrairement aux autres formes de danse du carnaval, ce couple ne danse pas le samba de manière libre. Leur performance s’inspire de danses de cour et de traditions anciennes, et toute erreur ou transgression des règles peut entraîner de lourdes pénalités. Cette danse incarne la dimension rituelle et symbolique du carnaval, au croisement de la tradition, de la compétition et de la représentation officielle de l’école.

danse carnaval

Les costumes du carnaval

Le rôle des costumes dans le carnaval

Dans le carnaval des écoles de samba, les costumes jouent un rôle fondamental. Ils ne constituent pas de simples ornements, mais sont une traduction visuelle de l’enredo, c’est-à-dire du thème narratif du défilé. Comme le montre l’analyse du carnaval comme « monde de l’art » collectif, chaque élément du défilé, musique, danse, mise en scène, est indissociable de l’esthétique visuelle produite par les costumes.
Les costumes sont également un élément clé de l’impact esthétique du défilé. Ils permettent au public et au jury de saisir immédiatement l’univers symbolique de l’école et contribuent à transformer la progression dans le Sambódromo en spectacle total, mobilisant simultanément le regard, l’ouïe et le mouvement. Enfin, le costume est un support d’identité : porter le costume de son école signifie représenter collectivement son histoire, son quartier et ses valeurs dans l’espace public carnavalesque.

Les costumes comme narration visuelle de l’enredo

Chaque costume correspond à une partie précise de l’histoire racontée par l’école. Il peut représenter un personnage, une idée abstraite, un épisode historique ou un symbole culturel. Les couleurs, les formes et les matériaux utilisés ne sont jamais neutres : ils participent à la lisibilité de l’enredo et à la cohérence esthétique de l’ensemble du défilé.
Les alas sont identifiables visuellement par leurs costumes, ce qui permet de structurer le récit du défilé en séquences distinctes. Cette organisation visuelle rend possible une lecture du défilé même sans compréhension du texte chanté, confirmant que l’enredo se déploie autant par l’image que par la musique . Les costumes jouent ainsi un rôle narratif essentiel dans la dramaturgie carnavalesque.

Les costumes emblématiques

L’ala das baianas
L’ala das baianas constitue l’un des ensembles les plus emblématiques et symboliques du défilé. Les femmes qui la composent portent des robes amples et circulaires, directement inspirées des traditions afro-bahianaises. Ces costumes renvoient aux origines historiques du samba et aux pratiques culturelles afro-brésiliennes qui ont contribué à la formation du carnaval urbain. Dans les analyses historiques du samba, cette ala apparaît comme un symbole de mémoire culturelle et de continuité. Son esthétique, volontairement traditionnelle et respectée, contraste avec d’autres formes plus modernes ou spectaculaires du défilé, et rappelle la dimension historique et identitaire du carnaval.

Mestre-sala et porta-bandeira
Les costumes du mestre-sala et de la porta-bandeira occupent une place particulière dans l’esthétique du défilé. Ils sont élégants, raffinés et inspirés de traditions anciennes, parfois associées aux danses de cour et aux codes cérémoniels. Leur fonction première est de valoriser le drapeau de l’école, symbole suprême de son identité, et de renforcer la solennité de ce moment du défilé. Comme le souligne Gonçalves, la performance de ce couple est strictement réglementée, et les costumes font partie intégrante de l’évaluation par le jury. Ils participent à la dimension rituelle du défilé et incarnent l’honneur et la dignité de l’école dans l’espace carnavalesque.

Les costumes des passistas

Les passistas portent des costumes plus légers et plus expressifs, conçus pour mettre en valeur le mouvement du corps et accentuer le rythme de la danse. Ces costumes sont adaptés au samba no pé et permettent une grande liberté de mouvement, tout en attirant l’attention sur la maîtrise corporelle et la virtuosité des danseurs. L’esthétique associée aux passistas est celle de la vitalité, de l’énergie et de la performance individuelle intégrée à un cadre collectif. Comme le montrent les analyses historiques du carnaval, ces costumes participent à la valorisation du corps dansant et à la mise en scène de la joie et de l’exubérance carnavalesques.

Les chars allégoriques et l’esthétique monumentale

Les chars allégoriques prolongent et amplifient l’esthétique des costumes. Ils constituent des structures monumentales qui matérialisent visuellement les grands thèmes de l’enredo et créent un univers spectaculaire cohérent avec les costumes des alas. L’association entre chars et costumes permet de construire une esthétique globale, dans laquelle chaque élément visuel renforce les autres. Les participants placés sur les chars portent souvent des costumes plus élaborés, parfois symboliques ou mythologiques, qui soulignent le caractère théâtral et narratif de ces dispositifs. Les chars participent ainsi à la dimension monumentale du défilé et renforcent son caractère de spectacle total, où l’esthétique visuelle est indissociable de la musique et de la danse.

char et costumes carnaval de rio

Compétition entre les écoles de samba

Juges et critères

Dans le carnaval des écoles de samba, la compétition repose sur un système de jugement formalisé. Des jurys spécialisés sont chargés d’évaluer les différentes dimensions du défilé selon des critères clairement définis. Comme le montre Gonçalves, chaque élément du défilé fait l’objet d’une attention spécifique, et le jugement ne porte pas sur une impression globale mais sur une série d’items distincts, notés séparément. Les juges incarnent l’autorité institutionnelle du carnaval. Ils évaluent la conformité aux règles, la qualité esthétique et la cohérence du défilé. Leur rôle est central dans la transformation du carnaval en une compétition officielle, où la performance artistique est soumise à une logique d’évaluation normative.

Le carnaval comme compétition officielle

Le carnaval des écoles de samba est à la fois une fête populaire et une compétition institutionnalisée. Bien qu’il repose sur la participation massive des communautés locales, il est organisé par des instances officielles qui fixent des règles précises concernant la durée du défilé, l’ordre de passage et les critères d’évaluation. Selon les analyses sociologiques du carnaval, cette organisation officielle repose sur des jurys spécialisés et aboutit à un classement final des écoles à l’issue des défilés. Le carnaval ne se limite donc pas à une célébration spontanée : il constitue un événement réglementé, où chaque école se prépare pendant toute l’année pour répondre aux exigences du concours.

Les ligues et la hiérarchie des écoles

La compétition est structurée par l’existence de plusieurs ligues ou groupes hiérarchisés. Le groupe spécial rassemble les écoles les plus prestigieuses, tandis que des groupes inférieurs regroupent celles qui disposent de moins de ressources ou qui ont obtenu de moins bons résultats. Un système de promotion et de relégation organise le passage d’une ligue à l’autre. Les écoles les mieux classées des groupes inférieurs peuvent accéder au groupe supérieur, tandis que les moins bien classées du groupe spécial risquent la descente. Cette hiérarchie exerce une forte pression sur les écoles, qui cherchent à tout prix à rester dans l’élite et à éviter la relégation, perçue comme une perte de prestige et de visibilité.

Les critères de jugement

Le défilé est évalué à partir de catégories distinctes, chacune correspondant à un aspect précis de la performance. Parmi les critères de jugement figurent notamment :

• l’enredo (cohérence et développement du thème),
• le samba-enredo,
• la bateria,
• l’harmonie entre musique, chant et défilé,
• l’évolution et la fluidité du passage,
• la danse,
• les costumes,
• la performance du mestre-sala et de la porta-bandeira,
• les chars allégoriques.

Cette fragmentation du jugement montre que le carnaval est conçu comme un spectacle total, où chaque composante doit être maîtrisée. Une défaillance dans un seul critère peut compromettre le résultat final de l’école, ce qui renforce la rigueur de la préparation et de l’organisation.

Les enjeux symboliques de la victoire

Gagner le carnaval représente bien plus qu’un simple succès artistique. La victoire signifie prestige, reconnaissance publique et affirmation identitaire. Comme le soulignent les travaux historiques sur le samba, le carnaval constitue un espace privilégié de visibilité pour les communautés populaires et afro-brésiliennes, et le classement officiel joue un rôle déterminant dans cette reconnaissance.
La victoire permet à une école d’affirmer sa valeur culturelle et artistique face aux autres, tout en renforçant sa position dans la hiérarchie carnavalesque.

La victoire et la fierté communautaire

Le succès d’une école renforce directement la réputation de l’école et la fierté du quartier ou de la communauté qu’elle représente. Les écoles de samba sont profondément enracinées dans des territoires urbains spécifiques, et leurs performances sont perçues comme l’expression collective de ces espaces sociaux. Ainsi, la compétition ne concerne pas uniquement les écoles elles-mêmes, mais engage symboliquement les communautés entières qui s’y reconnaissent. Le carnaval devient alors un lieu de rivalités symboliques, où l’honneur, la mémoire et l’identité collective sont mis en jeu à travers la performance artistique.

carnaval de rio

Les autres grands carnavals dans le monde

Si le carnaval de Rio de Janeiro reste la référence absolue, la tradition de la samba s’est diffusée bien au-delà de la ville carioca. Dès la seconde moitié du XXᵉ siècle, d’autres carnavals ont adopté le modèle des défilés rythmés par la percussion, la danse samba no pé et la mise en scène collective. Certains prolongent directement la tradition brésilienne, d’autres l’ont adaptée à leurs propres contextes culturels.

São Paulo

Deuxième plus grand carnaval de samba du Brésil, São Paulo reprend presque intégralement le modèle de Rio. Les écoles de samba y défilent dans un sambódrome, avec enredo, bateria, passistas, costumes monumentaux et compétition officielle. Le style y est souvent plus technique et chorégraphié, avec une forte exigence de précision collective. Ce carnaval montre comment la tradition carioca a pu être reproduite et amplifiée dans un autre grand centre urbain brésilien.

Carnaval de Salvador de Bahia

Le carnaval de Salvador appartient à une autre branche de la tradition samba : la tradition afro-bahiana. Ici, pas de sambódrome ni d’écoles de samba compétitives. La fête se déroule dans la rue, portée par des trios elétricos et des blocos afro. La musique dominante est le samba-reggae et l’axé, et la danse est collective, libre et massive. Ce carnaval conserve un lien très fort avec les racines africaines de la samba et avec la danse communautaire issue du samba de roda.

Santa Cruz de Tenerife (Espagne)

Ce carnaval est considéré comme le plus grand carnaval de samba hors du Brésil. Il adopte le modèle carioca : écoles de samba locales, défilés compétitifs, costumes spectaculaires et samba no pé. Le style y est fortement inspiré de Rio, tout en intégrant une esthétique propre aux îles Canaries. Il illustre la transplantation réussie du carnaval de samba en Europe.

Carnaval de Tokyo (Asakusa Samba Carnival)

Au Japon, le carnaval d’Asakusa est l’un des exemples les plus impressionnants de samba internationale. Des écoles japonaises de samba y défilent chaque année dans un style très fidèle au modèle brésilien. La précision technique, la qualité des costumes et la maîtrise de la samba no pé y atteignent un niveau remarquable. Ce carnaval montre comment la samba peut être adoptée avec sérieux et respect, même très loin de son territoire d’origine.

Carnaval tropical de Paris

À Paris, le carnaval tropical rassemble des groupes de samba, des batteries brésiliennes et des formations issues des cultures caribéennes et afro-latines. Le défilé, inspiré du modèle des escolas de samba, met en avant la danse samba no pé, les percussions et les costumes colorés. Ce carnaval incarne la diffusion de la samba dans un contexte multiculturel européen.

les carnavals